jeudi 16 janvier 2014

Languedoc-Roussillon : "Pas le moment de tout remettre en cause" selon Bourquin


Sérénité totale pour Christian Bourquin, convaincu de la pérennité de la région.
Sérénité totale pour Christian Bourquin, convaincu de la pérennité de la région. (C. F.)
Le président Bourquin ne pense pas que le Languedoc-Roussillon est menacé par la réforme proposée, mardi, par le président de la République.
 
"Nous correspondons au 22e État des États-Unis, au 5e land allemand, à la 4e région espagnole. Peut-on imaginer qu’Obama annonce un jour la suppression des états à partir du 22 e ?" (*). C’était hier matin lors de ses vœux à la presse. Christian Bourquin exprimait ainsi sa foi en l’avenir. Rien, dans ce qu’a dit François Hollande mardi lors de sa conférence de presse, n’a ébranlé le président de la Région Languedoc-Roussillon et ce ne sont pas les "pessimismes" qui se sont exprimés ici où là qui le feront douter.
De 22 régions à 15 ?
D’ailleurs, qu’a dit le président de la République ? Que le nombre des régions - 22 actuellement - pourrait diminuer (pour aller vers 15 ?) mais surtout que leurs pouvoirs s’accroîtront et, visiblement, Christian Bourquin a retenu ça plutôt que le reste. "J’avais moi-même souhaité, lors des présidentielles, un big bang de la décentralisation", rappelle Christian Bourquin.
Faute de big bang, le président du conseil régional, observe des évolutions à doses homéopathiques, des incitations à aller dans le sens de... ce qu’il a déjà mis en place en Languedoc-Roussillon, parbleu ! Quelle est la seule Région, par exemple, qui a adopté un schéma de développement économique dès l’année dernière, bien avant que la loi ne l’impose ? La sienne bien sûr. Quelle est celle qui investit le plus dans larecherche ? La sienne encore. Christian Bourquin en est convaincu : "S’il y a des Régions qui flanchent aujourd’hui, c’est faute de n’avoir pas suffisamment misé sur la recherche" et de citer - ça leur fera sans doute plaisir ! - la Bretagne, le Limousin, l’Auvergne...
La confiance d'une majorité de Français
Comment, dès lors, oserait-on toucher à un Languedoc-Roussillon qui investit bien plus qu’il ne dépense en fonctionnement, selon les chiffres avancés par son président ? Comment toucher au Languedoc-Roussillon au moment où le conseil régional, derrière le conseil municipal mais devant le conseil général et toutes les autres institutions de la République, est celle qui conserve la confiance d’une majorité de Français ? "Ce n’est pas au moment où nous jouons à plein la proximité avec notre population qu’il faut tout remettre en cause", pense Christian Bourquin.
Promesse de la généralisation du TER à 1 €
... Et ce lien de proximité, le Languedoc-Roussillon va l’affermir davantage cette année (ou au début de la suivante) en généralisant à tout le réseau ferré le TER à 1€.
Finalement, la seule chose qui a un peu agacé Christian Bourquin ces dernières heures, ce ne sont donc pas les commentaires "pessimistes" faits sur l’avenir de la Région à partir du propos présidentiel. C’est un constat, rapporté par Midi Libre selon lequel le problème du Languedoc-Roussillon est que "cette région n’a pas d’industrie".
 "Ah, ce Paris, faudra encore continuer la bagarre..."
"Notre mutation industrielle, nous l’avons faite dans les années soixante-dix. Certes, ici, il n’y a pas de cheminées énormes, de gros hangars, d’usines à 1 000 salariés qui quand elles ferment, font très mal, mais nous avons un réseau dense de petites entreprises qui ont courbé l’échine au plus fort de la crise (...). Nous entrons de plain-pied dans une nouvelle donne économique. Ceux qui méconnaissent cela finiront bien par l’apprendre (...)", rétorqua Bourquin à l’adresse de celui qui dressait ce constat : le premier ministre Jean-Marc Ayrault. Et de conclure, un brin désabusé : "Ah, ce Paris, faudra encore continuer la bagarre... C’est notre histoire !"
SUPPRESSION DU LANGUEDOC-ROUSSILLON : LES RÉACTIONS

  • Les Occitans n’y sont pas hostiles
Le mouvement régionaliste occitan Pais nostre n’est pas hostile à un redécoupage des régions. "On est favorable à un grand Languedoc qui regrouperait Midi-Pyrénées et le Languedoc actuel, en laissant le Roussillon se fédérer avec la Catalogne", explique son dirigeant Jean-Pierre Laval. Pas tout à fait persuadé d’ailleurs de faire arriver le Languedoc au Rhône : "D’un point de vue linguistique, le Gard est provençal." Où situe-t-il la capitale régionale ? "Toulouse est une métropole plus stratégique que Montpellier", dit-il.
  • Malvy non plus
Le président de Midi-Pyrénées, Martin Malvy (PS) n’est pas hostile, lui aussi, à un redécoupage, mais il doit avoir pour préalable le transfert de nouvelles compétences dans le domaine économique ou environnemental. Les régions n’ont que deux compétences exclusives : lycées et trains régionaux, souligne-t-il. "Toutes les autres sont des compétences partagées dans lesquelles on ne sait pas qui est le patron (...). C’est ce qui fait le ridicule de nos prestations lorsque nous allons couper un ruban et qu’il y a quatre ou cinq paires de ciseaux."
  • ... Comme Ségolène
Ségolène Royal considère qu’une baisse du nombre des Régions est "une bonne idée" si elle commence avec la mise en place de "projets opérationnels", par exemple en matière universitaire et si on y associe les populations. La présidente socialiste de Poitou-Charentes souhaite ainsi que sa Région travaille en réseau soit avec les Pays-de-Loire et la Bretagne, soit avec le Centre et le Limousin. "Si on réussit cela, cela peut permettre de repenser la restructuration des Régions", dit-elle.

JEAN-PIERRE LACAN
source Midi Libre