
Le mardi soir, la brasserie Lepic grouille comme un marché classique du dimanche matin. (Photos JEAN-MICHEL MART)
Achat sur internet et retrait en ville. Directement du producteur au consommateur.
Dans l’arrière-salle de la brasserie, les tables ont été poussées pour laisser place à la Ruche qui dit oui. La première à Montpellier. La référence au monde apicole ? Ce mode de marché en ligne, fonctionne avec une reine ou un roi. Le sexe ici a peu d’importance. Un responsable de marché qui, par le biais d’internet, met en lien les producteurs et les acheteurs. Des clients en quête d’autres rapports que la froideur des supermarchés. Car si le client clique pour faire son choix d’achats, comme au drive, il se déplace ensuite, une fois par semaine - chaque mardi à Lepic - pour récupérer ses produits. Et là, ça grouille comme au marché du dimanche, avec cette vive impression que les gens se connaissent déjà.
"Réapprendre les produits de saison"
Car tous se retrouvent dans un circuit court. Le consommateur apprécie le bien manger et juste. "En réapprenant ce qu'est un produit de saison. En ce moment, pas de tomate, ni de fromage de chèvre." Une façon aussi d’aller chercher ses œufs, ses volailles ou ses légumes à la ferme. Sauf que là, ce sont les professionnels qui se déplacent.
Le maraîcher d’Aniane - Le pré de chez vous -, au succulent accent australien, est venu passer la main à un jeune producteur. "Pour moi, c’est la retraite !" L’occasion de faire connaissance, de mettre un visage sur des produits. Sur ce pêcheur de Sète, qui viendra quelques mardis, en fonction de sa pêche. Nathalie et Jean-Luc, apiculteurs, donc dans leur élément. Entrés à la Ruche début janvier. "La première fois, on est venu se présenter, faire goûter nos produits et la semaine d’après, un carnet de commandes à assurer." Avec toujours les cuillères de dégustation prêtes à l’emploi. Miel des garrigues, de châtaignier, beurre salé...
À côté, François fait apprécier sa boisson tirée de ces mêmes fleurs de garrigue et du Pinparasol. "On a une visibilité, plus que sur les étals de magasins, et l’on peut faire découvrir et déguster nos produits." Jean-Mi en profite pour faire passer l’assiette de brioche, "un délice". Ce mardi, ils seront nombreux à faire des mouillettes avec les œufs du panier.
Une convivialité que Nicolas aimerait développer, en proposant parfois des visites sur les lieux de production. Un dimanche à la campagne. L’idée, par ces temps de grand urbanisme, n’est jamais à sous-estimer.
300 RUCHES EN FRANCE
Il existe près de 300 ruches en France. Une affaire lancée ennovembre 2012 par Guilhem Cheron. Née d’une volonté, à l’image desAmap, association pour le maintien d’une agriculture paysanne, de développer les circuits courts avec cette particularité de faire se rencontrer producteurs et consommateurs. Surtout, de pouvoir commander d’un simple clic par carte bancaire. La Ruche mère mettant à disposition la plate-forme internet. Un système qui existe aussi sous d’autres formes : l'Arbre à paniers (rue du Pila-Saint-Gély) ou encore sur le site Locavore.
CINQ JOURS POUR FAIRE SES COURSES
La Brasserie Lepic n’est pas un dépôt-vente. C’est le lieu où clients et producteurs échangent et goûtent. Une dimension sociale, d’échanges, de rencontres que Nicolas aimerait développer en faisant venir par exemple des intervenants ou en organisant des sorties dans les fermes. "Aujourd’hui, le travail est d’installer le marché, que cela fonctionne. Ensuite, on verra".
Car la Ruche prend du temps, de l’engagement. "Même si le producteur ne signe pas de contrat, il est lié par une charte : assurer les livraisons, prévenir à l’avance s’il ne peut pas venir, observer une carence de deux mois s’il veut arrêter. On est dans le relationnel. C’est ce qui est intéressant et compliqué". Les ventes démarrent le mardi soir pour se finir le samedi soir. Et le curseur de chaque producteur avance alors pour atteindre son minimum. "On ne va pas demander à un producteur de se déplacer pour (presque) rien mais, depuis le début, on n’a jamais eu de défection".
NATHALIE HARDOUIN
source : Midi Libre