Départementales 2015 - Philippe Saurel : "Le PS est devenu une machine à perdre"
Le maire ex-PS de Montpellier n'a pas trouvé d'accord avec les socialistes pour les départementales et fait donc perdurer sa dissidence.
Propos recueillis par HERVÉ DENYONS
Net vainqueur des municipales l'an dernier sous l'étiquette divers gauche, le maire de MontpellierPhilippe Saurel lance un nouveau défi au PS. Faute d'accord avec son ancien parti, il présente dix candidats aux départementales sur cinq cantons de la capitale héraultaise. Et, avec quelques alliances déjà nouées, il pourrait devenir en cas de succès l'arbitre de l'élection du futur président du conseil départemental de l'Hérault au grand dam des socialistes locaux. Il explique son choix sur Le Point.fr.
Le Point.fr. : Pourquoi défier une nouvelle fois le PS dans un département tenu par la gauche depuis 1945 au risque de, peut-être, faire passer la droite ?
Philippe Saurel : D'abord, rien ne dit que le PS l'emporterait en étant seul contre la droite. Ensuite, j'avais proposé un accord aux socialistes en demandant trois cantons sur Montpellier et que les candidats PS qui m'ont combattu sur la ville, jusqu'à ne pas trancher entre moi et le FN au moment de l'élection du maire, ne soient pas retenus. Solférino n'en a pas voulu. Tant pis. Le PS est devenu une machine à perdre, en pleine déliquescence dans l'Hérault. Moi, je me situe au-dessus de cette logique de partis. Je suis dans un mouvement citoyen, parfaitement capable de travailler avec des élus PS, les écologistes, les centristes et l'UMP.
Si vous échouez et n'avez qu'une poignée de conseillers, le pari est risqué, non ?
Je n'y crois pas. Mais ma conception de la politique, ce n'est pas de rester immobile. C'est, au contraire, l'engagement, le mouvement. La métropole a besoin du département, le département de la métropole. Il faut vite créer des synergies sur la voirie, la culture, par exemple. Préparer le territoire de demain au-delà des chapelles de partis. Cela passe par de nouveaux élus, capables de travailler ensemble. Les électeurs de Montpellier le comprennent, croyez-moi.
Vous aviez pourtant dit que vous seriez juste maire de Montpellier avant de présider l'agglomération devenue métropole et vous voilà engagé sur le département via des candidats qui se présenteront sous vos couleurs. Ce n'est pas contradictoire ?
Non, car les règles ont changé avec la réalité d'aujourd'hui et les réformes territoriales à venir. Il n'est plus possible de diriger la plus grande ville de la métropole sans diriger la métropole. Cela aussi, les Montpelliérains l'ont compris. Comme il n'est plus possible de se retrouver avec un département qui ne subventionne pas les grands dossiers locaux ou qui travaille dans son coin par simple idéologie. Moi, par exemple, je veux me battre pour la ligne grande vitesse avec l'Espagne, qui est primordiale pour notre avenir et pour un réel équilibre entre les zones urbaines, le périurbain et le rural.
Ne risquez-vous pas de faire peur aux électeurs ou élus ruraux comme Georges Frêche en son temps qui craignait que le maire de Montpellier ne prenne tous les pouvoirs ?
Ce n'est pas dans mon intention. Et je ne suis pas candidat au poste de président du conseil général. Je m'engage d'ailleurs à soutenir un élu "rural" à la présidence pour justement respecter l'équilibre du territoire. Par ailleurs, je rencontre des dizaines de maires chaque mois pour justement inventer ensemble les territoires de demain.
Le président PS sortant André Vezinhet, qui ne se représente pas, vous accuse pourtant de boulimie et affirme que vous n'avez rien fait au département ?
Mis à part déjà le soutenir pour qu'il soit élu en 1998, soutenir ses budgets, développer par exemple une centaine de points lecture, être présent sur tous les dossiers et d'ailleurs être chaque fois réélu. Je pense qu'il est dans la rancoeur de n'avoir jamais été en situation de devenir maire de Montpellier. Tant pis, la polémique ne m'intéresse pas. Mais l'avenir, oui, en faisant de la politique autrement. Regardons ce qui se passe en Grèce ou en Espagne. Les citoyens en ont assez de la cuisine traditionnelle des partis, de voir toujours les mêmes têtes. C'est ce que nous avons fait pour les municipales à Montpellier ou encore pour la création de la métropole réalisée de façon totalement démocratique avec des élus de tous bords. J'en rencontre encore une fois chaque semaine, et je peux travailler aussi bien avec Jean-Pierre Moudenc (UMP), le maire de Toulouse, le socialiste Gérard Collomb à Lyon que tous les maires ruraux de l'Hérault et des autres départements.
Si vous gagnez votre pari départemental en infligeant une nouvelle défaite au PS, les rapports ne risquent-ils pas de devenir rudes avec les socialistes ?
Il ne faut pas confondre les militants et une poignée d'apparatchiks de Solférino ou des fédérations qui croient faire la pluie et le beau temps ou pouvoir me faire peur ou m'acheter en faisant miroiter des strapontins au gouvernement. Ensuite, j'ai les meilleures relations du monde avec Manuel Valls, qui est venu me remettre la Légion d'honneur en décembre à Montpellier, et également avec François Hollande. Enfin, étant par parenthèse le seul maire de gauche d'une grande ville du Sud, je serais bien mieux placé pour contribuer à faire rester le département à gauche, voire la future région, que les candidats de l'appareil socialiste, même si, je vous le redis, je ne me situe pas dans un affrontement droite-gauche. Un peu à la manière des radicaux d'antan qui travaillaient avec tout le monde. Dans un esprit bonapartiste, c'est-à-dire en écoutant ce que veulent les citoyens et en faisant oeuvrer leurs représentants ensemble.
C'est presque un programme de parti ?
Non, de mouvement. Cela a commencé il y a un an à Montpellier et cela va se poursuivre avec les départementales. Chaque jour, je croise des gens qui me disent ne plus vouloir de collectivités locales qui se regardent en chiens de faïence, incapables de penser ensemble, de politiques "hors sol" qui ne représentent qu'eux, de discours sectaires. Eux se reconnaissent dans un mouvement citoyen. Le succès de notre liste en a été la preuve à Montpellier. C'était la première fois qu'une grande ville faisait le choix d'une liste de citoyens soutenus par aucun parti. C'est de cette façon que je veux désormais faire de la politique.