mardi 10 février 2015

Moustiques : la piqûre de rappel à un État aux abonnés absents

De g. à d. : François Delacroix (vice-président EID, Région), Christian Jean (président EID, Hérault) et François Bonton (vice-président EID, Gard) ont commenté le courrier adressé à Marisol Touraine. photos drDe g. à d. : François Delacroix (vice-président EID, Région), Christian Jean (président EID, Hérault) et François Bonton (vice-président EID, Gard) ont commenté le courrier adressé à Marisol Touraine. photos dr

Les présidents de sept collectivités (dont cinq du Languedoc-Roussillon) ont adressé un courrier commun à la ministre de la Santé pour l’alerter sur les graves menaces qui pèsent sur la démoustication.

« Je ne crois pas qu’il soit usuel que sept présidents* de collectivités territoriales saisissent une ministre pour lui faire part de leur préoccupation », souligne Christian Jean, président de l’Entente interdépartementale pour la démoustication du littoral méditerranéen (EID), également conseiller général de l’Hérault.
Devant lui est posé le courrier d’alerte adressé à Marisol Touraine, ministre de la Santé. L’objet en est simple : l’État, déjà interpellé à maintes reprises sur le sujet, doit réagir avant que l’action de contrôle de la nuisance des moustiques actuellement menée par l’EID ne soit compromise de façon irréversible.
Car si elle n’est pas nouvelle, la situation devient préoccupante, assurent les représentants de l’opérateur public, confrontés à une double difficulté.

Financer des homologations
La première est due à une paupérisation des insecticides, donc des moyens de prévenir et de contenir les nuisances. Il en existait 11 entre les années 1960 et 2003 : 7 pour traiter les larves et 4 pour traiter les moustiques à l’état adultes (un traitement qui représente seulement 5% des interventions). Depuis l’adoption par l’Europe de la directive biocide, qui astreint à l’homologation de ces produits - processus onéreux - l’arsenal s’est réduit à peau de chagrin.
Les acteurs de la démoustication n’ont désormais plus que deux insecticides à disposition : un larvicide et un adulticide (utilisable uniquement en milieu urbain). Ce qui n’est pas sans conséquences : « Les gens sont davantage incommodés, les nuisances résiduelles sont plus nombreuses alors que les habitudes de confort voudraient tendre vers le zéro moustique », commente le président de l’EID. Face à cette donne qui se complique et avant que la situation ne soit plus sous contrôle, Christian Jean en appelle donc à « un engagement de l’État pour remédier à cette situation ». Notamment en accompagnant financièrement une ou plusieurs démarche(s) d’homologation, d’un montant de un million d’euros par produit.
Il faut dire que l’État s’est totalement désengagé du financement de l’EID, dont le budget de 12 millions d’euros est abondé uniquement par les collectivités, « alors que jusqu’en 1975, il jouait pleinement son rôle en finançant la structure à 80% », rappelle François Delacroix, vice-président de l’EID représentant la Région.

Communiquer sur le « tigre »
Deuxième grosse préoccupation  : la progression du « moustique-tigre », transmetteur potentiel de maladies virales comme la dengue ou le chikungunya. Bien différent des moustiques autochtones qui se reproduisent notamment dans les zones littorales marécageuses, le tigre lui est un moustique « des villes » (onze cas de chikungunya ont été répertoriés en novembre à Montpellier). « C’est de la compétence de l’État de se préoccuper des facteurs vectoriels, puisque cela touche à la santé. Nous demandons donc qu’il participe notamment à tout ce qui concerne la campagne d’information », poursuit le président de l’EID. Car le moustique-tigre, urbain, a une prédilection pour toute sorte de petits récipients contenant de l’eau, sale ou propre. Ainsi 80% de ses gîtes se trouvent au sein de domiciles privés. La prévention passe donc par une mobilisation citoyenne - d’où le rôle important de la communication - pour supprimer ces eaux stagnantes.
Amélie Goursaud
http://www.lamarseillaise.fr/herault-du-jour/developpement-durable/36022-moustiques-la-piqure-de-rappel-a-un-etat-aux-abonnes-absents